MUSIQUE – Vagina Town, dealers d’Amour (Vidéo)

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« Eleven Love Songs »

ITW VIDEO et extraits live –  Vagina Town, ce n’est pas qu’un nom un peu provoc’ et un look excentrique. C’est avant tout un super bon groupe de rock Nantais, actif depuis 2009 et qui mériterait d’être bien plus connu. Dont acte.

Nous les avons rencontrés et filmés pour vous au Grigri à l’occasion de la sortie leur premier album « Eleven Love Songs » (Kithybong), à quelques semaines de leur premier passage aux Transmusicales de Rennes.

 

Pas facile de trouver un créneau entre deux dates (non, ceci n’est pas une contrepéterie, inutile de chercher).

L’interview s’est déroulée pile à la tombée de la nuit, sans éclairage. Nos protagonistes disparaissant peu à peu dans le noir (enfin le bleu), nous avons choisi de montrer plus d’extraits du live. Ce qui tombe plutôt bien, puisque c’est sur scène que le groupe excelle. Régalez-vous !

 

Vidéo et photos réalisées le 22/10/2016 au Grigri (La Chapelle Sur Erdre) par Yannick LE MEUR pour kreptonite.com. D.R.

 

« On a arrêté les drogues »

…confie le guitariste-chanteur au sujet du titre du nouvel album« Eleven Love Songs ».

En effet les deux disques précédemment publiés par le groupe se nommaient respectivement « LSD » (2011) et « Ecstasy » (2014). Quant aux visuels, ceux-ci représentaient des femmes dénuées, tout en restant peu choquants.

La cassette « Singing Medecine » sortie en 2015 (oui oui, une cassette, en 2015, vous avez bien lu) , parée d’un visuel plus sage, ne faisait déjà plus qu’une référence un peu moins directe aux substances chimiques.

 

« Eleven Love Songs » continue dans cette tendance plus consensuelle, avec son titre somme toute générique (qui pourrait aussi bien être celui d’un disque de Leonard Cohen, de Justin Bieber ou de n’importe qui) choisi ainsi « parce qu’on adore l’amour », (dixit Mélissa alias Gina, la bassiste au casque de plumes rouges).

Sa pochette sobre ornée d’un rubis stylisé, n’a absolument rien d’ offensif. Alors que le visuel du CD est d’un jaune très pâle, celui de la version vinyle est orné de fins cercles concentriques, comme on peut le voir ci-dessous :

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Visuel de l’album « Eleven Love Songs », version 33T.

Le groupe affectionne tout particulièrement l’univers licencieux et le revendique. Ce n’est absolument pas une stratégie réfléchie, mais une manière d’annoncer la couleur (rose ?) : Vagina Town ne perd tout simplement pas son temps à essayer de plaire aux gens coincés. Tel un gri-gri, le nom du groupe repousse les indésirables.

Ce goût pour la provoc’ ne les empêche pas d’être tout à fait corrects sur scène comme en off. Leurs concerts sont très pro, tous publics et sans artifices à part les déguisements. Nulle trace chez eux de l’arrogance suffisante de bien des rockeurs : ce sont des gens adorables qui font passer la musique avant tout.

Vagina Town fait tout simplement ce qui l’amuse, en toute liberté, et ne s’embarrasse pas de faux-semblants sous couvert de bienséance. C’est aussi ça, le rock’n’roll : un état d’esprit libéré des carcans et des conventions mondaines.

En fait, Vagina Town, ce n’est que de l’Amour, et on aime ça !

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La soirée de lancement

Pour fêter la sortie de son premier  album, « Eleven Love Songs », Vagina Town avait convié 3 autres groupes :

  • Birds Are Alive chanteur / guitariste solo aux reprises étonnantes ,
  • Congo duo contrebasse / batterie échevelé
  • Agammemnonz quatuor surf instrumental aux guitaristes virtuoses a clôturé cette soirée avec brio.

Des artistes aux univers différents et aux goûts très sûrs, que nous recommandons chaudement.

 

Vous pouvez voir notre diaporama de cette soirée ici.

 

L’éclectisme de ces choix est révélateur car musicalement, malgré ce qu’on pourrait croire, Vagina Town est loin de faire du rock « bourrin ».

Si leurs chansons dégagent indéniablement une énergie explosive et communicative, elles sont également variées, travaillées, et animées par les plus vénérables Esprits du Rock, que rien ni personne n’arrivera décidément à calmer. Et c’est tant mieux.

Dans sa façon de mélanger les styles, Vagina Town tutoie les meilleurs. On sent chez eux le mêmes goût pour la psychédélie flippante et les ambiances sixties que chez le très éclectique Brian Jonestown Massacre. La même passion fiévreuse pour le Rockabilly halluciné et le blues du bayou que chez l’Américain Jon Spencer, et son émule portugais Paulo Furtado (Legendary Tiger Man, Wraygunn).

Bref, que des choses de bon goût.

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Rock sous influences

La source d’inspiration principale de leur « Rock Gynéco » (formule-choc trouvée jadis par un des amis du groupe), c’est bien sûr le rock garage des années 60.

Celui des mythiques compilations « Nuggets ». Né des amours contre-nature entre :

  • le rock dansant, rapide et nerveux
  • des refrains pop entraînants
  • des riffs de rock simples et tranchants, à la saturation bien sauvage,
  • une voix gorgée d’écho caverneux, limite menaçante,
  • Sans oublier la touche sixties avec les notes nasillardes des claviers Farfisa, à la « 96 Tears ».

 

Mais Vagina Town aime aussi beaucoup la country, le rockabilly et le blues primitif teinté de vaudou. D’ailleurs le crâne factice aux yeux verts qui leur sert de mascotte sur scène a été baptisé « Henry » en hommage à celui utilisé par le bluesman excentrique Screaming Jay Hawkins (auteur de l’ensorcelé « I Put A Spell On You »).

« On écoute beaucoup de la musique de vieux », confirme le chanteur en souriant.

Aucune barrière au mélange des genres, tant qu’ils capturent l’essence même du rock’n’roll : moite, primitif, intense… Et salement excitant.

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Henry, mascotte, en bas à gauche sur la photo

 

Magie vaudou et philtre d’Amour

L’éventail stylistique d' »Eleven Love Songs » est assez large.

La tonalité générale de l’album est fortement basée sur le rhythm’n’blues, (le vrai, rien à voir avec le « r’n’b » commercial moderne qui ne ressemble à rien, surtout pas à du Blues), et les sons de guitare hard-rock à l’ancienne.

Plongez le tout dans une marmite d’effets sonores trippants, ajoutez une pincée de sons volontairement un peu kitsch.Vous obtiendrez une puissante potion magique apte à faire danser les morts et envoûter instantanément tout auditeur un tant soit peu amateur de rock.

 

On y trouve, pêle-mêle, entre autres ingrédients secrets :

  • Des voix rockabilly-gothiques-new-wave venues d’outre-tombe.
  • Des rocks péchus (beaucoup), comme le très énervé « Countdown »
  • Du chaos sonore sur fond de tambour tribal (« Hvala »)
  • Un interlude country avec des poules en plein trip (« Chicken Space Pie »)
  • Une improbable ambiance hawaïenne hallucinée (« Black Hole », le morceau final de l’album).
  • Des passages d’orgue héroïque et de guitare hard-rock saturée 70’s teintés d’un soupçon de psychédélisme, qu’on jurerait influencés par Deep Purple, Black Sabbath ou Aerosmith (la deuxième partie de « Milk Milk Milk »)
  • Sans oublier du groove avec le funky « Need Money ».

 

En plus  du son du groupe  tel qu’on peut l’entendre en live (basse/ batterie/ guitare/voix/orgue) , les arrangements s’enrichissent à l’occasion de quelques touches de guitare acoustique, d’un saxophone et d’une boîte à rythmes.

Pour couronner le tout, « Eleven Love Songs » s’ouvre sur un mini-tube potentiel, l’accrocheur « We’ve Got The Magic » dont le clip a été réalisé par le vidéaste Nantais Charlie Mars.

 

Pour autant, les membres du groupe ne sont pas crâneurs pour un sou.

 

Au jeu de la comparaison avec les grands anciens, c’est finalement plus souvent aux Stooges (le premier groupe d’Iggy Pop) que l’on pense pour ce mélange effets psyché / son de guitare heavy / basse menaçante / énergie proto-punk.

C’est d’ailleurs sur un« High When I die », rock en fusion propulsé par un saxophone façon « Fun House » des Stooges, que s’est clôturé le concert du GriGri.

Juste avant que le grand crâne de papier décoré qui trônait au-dessus de la scène soit décroché pour faire office de piñata, et que sa destruction par le public révèle les nombreux bons-cadeaux dont il était rempli.

Bons donnant droit respectivement à un coup de pied aux fesses, un bisou sur la joue, un album gratuit (!) ou des bonbons, entre autres. Sympa.

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Piñata ! Piñata !

 

C’est toujours trop court

La plupart des morceaux de Vagina Town surprennent par leur éclectisme et leurs structures souvent inattendues.

Il n’est pas rare en effet de passer par deux ou trois changements d’ambiance musicale dans le même morceau, sans perdre en cohérence ni en fluidité. Difficile de rendre justice à ces compositions avec de simples extraits courts.

 

C’est pourquoi nous vous recommandons tout aussi chaudement l’achat de cet album ! (voir le lien en fin d’article pour l’écouter en streaming dans un premier temps). Le groupe a en effet bien besoin de soutien pour l’encourager malgré ses difficultés financières.

Certes le son de l’album, meilleur au casque, ne rivalise pas avec les meilleurs productions Américaines. Question de moyens. Peu importe, c’est la seule façon d’écouter le groupe chez soi à volonté.

Sachant qu’aucun enregistrement figé ne remplacera le plaisir de les voir en concert, comme par exemple lors de leur prochain passage au Liberté de Rennes dans le cadre du festival Les Transmusicales, qui a révélé plus d’un talent par le passé.

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Quand on a du talent, c’est toujours mieux d’être reconnu de son vivant. Pour pouvoir en profiter.

 

Croisons les doigts en souhaitant que ce concert leur permette de trouver le tourneur et pourquoi pas, le camion dont ils ont bien besoin pour pouvoir passer la vitesse supérieure et obtenir le succès qu’ils méritent.

D’ailleurs, Vagina Town cherche actuellement à jouer près de chez vous. Si vous gérez un lieu de concert, contactez-les vite sur Facebook !

 

  • Vagina Town donnera un concert gratuit le 17 novembre à 20h30 au Stéréolux à Nantes pour La Tournée des Trans avec Volontiers et Octave Noir.
  • Le groupe jouera au Liberté à Rennes à 16h le 1er décembre lors d’un autre concert gratuit. Plus d’informations sur le site des Transmusicales.

 

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Liens :
Site officiel : http://vagina-town.blogspot.fr
Page BandCamp (pour écouter toutes les productions du groupe) : http://vaginatown.bandcamp.com
Page Facebook : https://www.facebook.com/ginatown
Site du label Kythibong : http://www.kythibong.org

Auteur : Kreposuc

Nantais depuis de nombreuses années, je connais bien ma ville et j'apprécie tout particulièrement sa vie culturelle foisonnante. Curieux, j'aime découvrir de nouvelles choses chaque jour, et, comme je suis assez bavard, j'en profite pour les partager ! Plutôt que de continuer à bombarder mes amis d'articles sur Facebook, je me suis donc dit qu'il serait plus intéressant de créer un blog. Qui sait, il pourrait même être lu et intéresser des gens !

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