Magazines gratuits : toujours (bons) vivants !

ARTICLE – Alors que le regretté « Pulsomatic » a définitivement tourné la page il y a quelques semaines, « Haut Parleur » et « Kostar » fêtent respectivement leurs 15 et 10 ans d’existence. Pas mal pour du gratuit, et de qualité s’il-vous plaît ! Mais comment font-ils ? C’est la question qu’a posé Télénantes à leurs rédacteurs en chefs respectifs.


Les magazines gratuits « Haut Parleur » et « Kostar » livrent leurs secrets de longévité à Télénantes.

 

Un succès aussi durable méritait bien un passage télé. Pour Télénantes, Haut-Parleur et Kostar sont donc passés au micro-cravate (en fait non, mais le jeu de mots était trop tentant).

Dans cette vidéo de Télénantes (17 min 20) : Interrogés par Anne-Lyse Thomine, Les rédacteurs en chef des deux magazines gratuits expliquent les points essentiels de leurs modèles économiques et les positionnements stratégiques distincts qui leur ont permis de durer depuis leur création, il y a plus de dix ans.

Le 18h de Télénantes et la Presse Gratuite

 

Bien connus des Nantais, mais aussi des Nazairiens et des Angevins, ces magazines (Haut-Parleur, Kostar, Wik) sont des incontournables pour qui s’intéresse à la vie culturelle locale (et pas que). Et pour cause : les lecteurs y trouvent d’innombrables idées de sorties, des interviews, des chroniques et bien sûr le fameux « édito piquant » en guise d’amuse-gueule.

 

Grands par l’intérêt, petits par la taille : leur format réduit souligne leur vocation : vous suivre dans tous vos déplacements pour ne jamais rater un bon plan de sortie.

Ne manque à l’appel de cette émission que Pulsomatic, lancé au début des années 2000, qui malgré une tentative de crowdfunding, n’aura pas franchi le cap de 2016.

Concurrencés par les blogs de qualité comme par les sites Web de la presse papier payante, ces magazines résistent pourtant encore et toujours à la crise. Et ce, sans aucune subvention, dans le cas de Kostar.

Alors, comment font-ils pour durer ?

 

Haut Parleur
Haut Parleur, Avril 2016

1) Etre partout, tout le temps

Un point essentiel :  la diffusion

Bien que gratuits, les magazines sont distribués de manière efficace et régulière dans toutes les zones concernées, comme l’explique David Daunis, le rédac’chef de Haut-Parleur. Ce qui permet à sa société de distribution, l’entreprise Popamine, de déposer aussi la communication de ses clients, qui peuvent être des structures culturelles de renom.

 

Ce système assure à la fois une disponibilité sur l’ensemble du territoire (y compris les petites communes éloignées des grandes villes que sont Nantes et Saint Nazaire) et une source de revenus. On peut imaginer également que ce fonctionnement renforce une certaine connivence entre les structures annonceuses et le magazine, sans que celui-ci perde sa liberté de ton heureusement.

Cette présence locale très forte, associée à la gratuité, sont bien sûr des arguments importants en termes de retombées publicitaires.

 

Kostar, Avril 2016.
Kostar, Avril 2016. Habillé par DUB ce moi-ci.

2) Le soutien des annonceurs

La gratuité n’est possible que grâce à eux.

Car évidemment, éditer des magazines papier en couleurs à un volume conséquent coûte cher à l’heure du tout-numérique, des sites pour smartphone et des réseaux sociaux. Les annonceurs sont conscients de l’efficacité du réseau mis en place par ces publications. Mais aussi de leur qualité.

 

C’est en effet grâce à la richesse et à la pertinence du contenu, à la fois très pointu artistiquement parlant, et très pratique (l’agenda culturel étant souvent l’une des raisons qui font garder le magazine avec soi), que ces magazines ont conquis le coeur de leurs lecteurs. Leur contenu éditorial est du niveau d’une publication nationale payante, la liberté de ton en plus.

Si ce « listing » est parfois un peu trop compact et complet, en raison du grand nombre d’événements culturels locaux, on n’a par contre jamais l’impression de lire un catalogue de pub. Au contraire, les annonces sont pertinentes vis-à-vis du public visé et parfaitement intégrées.

 

Wik
Wik

3) Chacun sa route, chacun son chemin

Axe Saint-Nazaire / Nantes pour Haut-Parleur, Triangle Nantes-Rennes-Angers pour Kostar, les stratégies sont complémentaires.

Elles ont en commun de ne pas se focaliser sur la seule actualité de la métropole Nantaise, qui concentre déjà sur elle tellement de regards, d’information et de commentaires. Même si l’essentiel de l’information produite concerne les grandes villes de la région, les lieux un peu excentrés ne sont pas oubliés.

 

Haut Parleur est bâti sur l’actualité musicale, Wik se veut un agenda exhaustif, Kostar est axé design, style et fashion. Cependant, à force d’élargir le spectre de leur action, ces publications concurrentes peuvent couvrir les mêmes évènements. Surtout lorsque ceux-ci sont des incontournables, Folle Journée, Festival des Trois Continents… Sujets également traités par la Presse, voire la télévision locale, qui diffusent ensuite leurs contenus multimédia sur Internet.

 

A cette concurrence féroce s’ajoutent les contenus amateurs diffusés par les réseaux sociaux, les sites de sorties, et l’arrivée de nouveaux blogs influents comme Big City Life. Bref, c’est « chacun pour soi et que le meilleur gagne ». Welcome to the Jungle !

D’où la difficulté de bien choisir les angles de traitement, pour tirer leur épingle du jeu. Pulsomatic -RIP- touchait aux mêmes sujets culturels (musique, sorties, expos) sans avoir pu maintenir l’équilibre jusqu’au bout, faute de subventions publiques.

 

Un équilibre fragile, qui rappelle que rien n’est acquis pour toujours.

(Argh, en écrivant ces lignes j’ai le générique de Highlander – « Who Wants To Live Forever » – qui me vient en tête. Merci Freddy Mercury, tu peux remballer ta rengaine).

 

Pulsomatic
Pulsomatic, numéro final.

 

Flash-Back au Temps Passé

Mais au fait, pourquoi et comment ces magazines ont-ils vu le jour ?

Le rédac’chef de Kostar explique : à l’origine de son magazine WIK (alors appelé PIL’), il y a 18 ans : une inspiration venue des magazines culturels Barcelonais. Mais Nantes ne semblait pas, à l’époque, de taille à rivaliser avec le foisonnement culturel d’une capitale locale. D’où l’idée d’élargir la zone de couverture, et de créer du même coup un lien de continuité entre l’actu de villes qui jusqu’alors se suffisaient à elles-mêmes.

 

On parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître !  C’était bien avant l’hipsterisation de Naoned City, quand la norme était encore le PMU plutôt que le café-concerts-expo-microbrasserie, quand les épiceries familiales n’avaient pas encore laissé la place aux skate-shops, barbiers et bars à sushis hors de prix.

Jusqu’à sa réhabilitation en 2006, l’Ile de Nantes n’était pour la plupart des Nantais qu’un no-man’s land d’entrepôts glauques où personne n’aurait eu l’idée d’aller faire la fête, sauf au Floride ou dans une poignée de bars isolés !

 

Hipster (source : flickr.com. auteur : Christopher Michel)
Hipster (source : flickr.com. auteur : Christopher Michel)

 

A l’époque, Nantes et Saint-Nazaire, pour ne citer qu’elles, s’étaient pourtant déjà bien réveillées. les structures culturelles dynamiques nées à l’aube des années 90 avec la bénédiction de la Mairie, – Merci Jean-Marc Ayrault –  faisaient déjà partie de la vie quotidienne des Nantais-e-s qui bougent, en particulier des jeunes et des étudiants.

Mais il restait à ancrer ces transformations de fait en mettant en place de nouveaux réseaux d’information locale, décalés et autonomes. Or Internet était encore loin d’être le canal d’information principal.

 

Car les blogs étaient encore marginaux pour la plupart, et les smartphones n’existaient pas (le premier Iphone a été lancé en 2007, il y a seulement 9 ans !). On était bien loin de la surenchère d’informations permanente que nous connaissons actuellement, ce que certain-e-s vont jusqu’à appeler « l’infobésité » !

Pour bien s’informer sur des sujets pointus, il fallait donc chercher longtemps. Et on ne trouvait pas encore tout ce qu’on voulait sur Internet.

 

Pub Alice ADSL 2006
Souvenez-vous. (pub pour le fournisseur ADSL « Alice », 2006).

 

Les « gratuits » nés de cette génération spontanée ont donc su répondre au besoin et résister aux bouleversements nés d’Internet. Leur activisme culturel a impulsé de nouvelles dynamiques, qui à leur tour ont sans doute influencé d’autres projets, du très officiel Estuaire à la programmation musicale des acteurs locaux, tels que le collectif Bar-Bars et autres.

C’est pourquoi, depuis plus de dix ans, ils restent le moteur de nos découvertes locales, parfois trop perchées, souvent savoureuses, toujours hors des sentiers battus. Merci à eux… Et longue vie !

 

Plus d’infos :

  • Haut Parleur(15 à 25.000 ex mensuels) a été fondé en 2001 à Saint-Nazaire et est diffusé dans tout le département, dans plus de 600 points de diffusion.
  • Comme son nom l’indique, Haut-Parleur parle avant tout de musique. Ses rubriques se sont diversifiées avec le temps.
  • Wik (18 ans) et Kostar (15 ans) partagent le même rédacteur en chef.
  • Kostar (30.000 ex), plus éditorial, plus « hipster », joue beaucoup sur l’identité visuelle en laissant un graphiste local différent prendre en main chaque numéro. On y parle beaucoup de style vestimentaire et d’arts culinaires.
  • A contrario Wik est un agenda culturel à l’esprit plus pratique et à la présentation plus stricte, presque « institutionnelle ».
  • Chaque magazine accueille ses chroniques régulières et décalées : Pour Kostar, c’est l’iconoclaste Pierrick Sorin, connu pour ses créations vidéo loufoques, qui écrit un texte de son cru à chaque numéro. Chez Haut Parleur, c’est le comédien Sébastien Barrier qui détaille par le menu la vie trépidante de son chat, Wee-Wee.

 

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Liens :
Site web de Haut Parleur.  http://www.lehautparleur.com

Cliquer à droite ou à gauche ne fait défiler que les titres (pas très utile). Pour lire les articles, il faut cliquer sur la couv’ du magazine, feuilletable en ligne.

Site Web de Wik (le plus complet) : http://www.wik-nantes.fr

Nombreux contenus dans différentes catégories. Le site de Wik se suffit à lui-même et permet aux structures (bars, assos) de créer leur sous-site pour communiquer sur leur actualité.

Site Web de Kostar : http://www.kostar.fr

Le magazine à feuilleter, les archives, c’est tout – et ça suffit.

 

Kreposuc

Nantais depuis de nombreuses années, je connais bien ma ville et j'apprécie tout particulièrement sa vie culturelle foisonnante. Curieux, j'aime découvrir de nouvelles choses chaque jour, et, comme je suis assez bavard, j'en profite pour les partager ! Plutôt que de continuer à bombarder mes amis d'articles sur Facebook, je me suis donc dit qu'il serait plus intéressant de créer un blog. Qui sait, il pourrait même être lu et intéresser des gens !