CONCERT – Les Insus ont fait leur numéro à Nantes

Logo des Insus
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COMPTE-RENDU – « Les Insus ? », soit la reformation de Téléphone sans Corine, ont joué au Zénith de Nantes le 7 mai 2016. C’était évidemment archi-complet.

Nous y étions pour vous permettre d’en profiter quand même. Séance de rattrapage !

(crédit photo de la page d’accueil : capture d’écran du site lesinsus-portables.net).

Les vidéos qui illustrent cet article ont été trouvés sur Youtube. Ce site n’en détient pas les droits et n’a aucun lien avec leurs auteurs.

 

Retrouvailles.

Bien que Téléphone ait officiellement raccroché il y a pile trente ans (1986), après 10 ans de carrière, ses principaux auteurs sont restés bien occupés.

Les carrières solo de Jean-Louis Aubert (chant), constellée de tubes, et celle de Louis Bertignac, qui entretient son excellente réputation de guitariste soliste, ont maintenu la ligne. Ce qui a contribué à garder les tubes du groupe bien présents sur les ondes comme dans les mémoires. Richard Kolinka (batterie) et Corinne Martienneau (basse) n’auront pour leur part jamais approché ce succès en solo, loin de là.

 

Photo prise lors du concert de Nantes
Photo prise lors du concert de Nantes

Aubert, fidèle à lui-même, débordant d’énergie, sourire au lèvres, s’exprime à la moindre occasion et fait tout pour faire réagir le public. Ce soir, il chante comme on a l’habitude de l’entendre depuis le début de sa carrière en solo, de manière détendue, sans faire semblant d’avoir la rage de ses vingt ans.

Bertignac, éternel timide caché derrière sa crinière gris-blanc, préfère toujours faire parler sa guitare pour lui. « La même Gibson que John Lee Hooker, Une cinquante neuf trouvée à Londres »  ajouteront les fans par réflexe.

Tous deux ont habitué leurs spectateurs à des concerts plus que généreux en longueur comme en complicité. L’attente de les voir à nouveau jouer ensemble en est d’autant plus grande.

Derrière eux, Richard Kolinka (la batterie de Téléphone), frappe ses fûts sans piper mot, même s’il se lève parfois de derrière son kit.

Aux abonné(e)s absent(e)s, Corine.

 

 

J’avais un ami (mais il est parti)

LA bassiste de Téléphone, du début à la fin du groupe, n’a tout simplement pas été conviée.

C’est un certain Aleksander Engelov (jamais cité), un fidèle des tournées de Jean-Louis Aubert, qui reprend ses lignes de basse. La seule femme du groupe, qui a participé à tous ses succès, n’est donc « remerciée » de ses services que dans le sens que l’on donne aux licenciements secs.

 

Sans Corine, le groupe n’a évidemment pas le droit d’utiliser le nom Téléphone.

Les paroles de la chanson « Hygiaphone » seront d’ailleurs la seule occasion pour Aubert de prononcer le mot tabou. Il fallait donc trouver autre chose. Pourquoi « les Insus » ? Pour créer un semblant de mystère, (comme si nous ne savions pas qui ils sont). Mystère qui n’a pas duré bien longtemps vu le buzz généré dans les média, longtemps avant l’ouverture des ventes de billets.

Mais surtout, « Insus » comme « insupportables ». Comme « téléphone portable » donc.

 

 

Sobriété

Après la première partie, on patiente sur du Nick Cave et « London Calling » des Clash.

Le public fait la hola. Les Insus attaquent avec « Crache ton Venin ». Mais c’est plutôt le son qui crache, Aubert peine à se faire entendre au-delà du mur du son érigé par la guitare de Bertignac et la rythmique (ça s’arrangera assez vite).

Le parti-pris ce soir est au naturel et à la sobriété, ce qui correspond à ce qu’on peut attendre d’une « reformation de Téléphone » devenue au fil des années un sacré marronnier, évoqué à chaque interview des protagonistes.

Les tubes s’enchaînent comme à la grande époque, et il ne manque rien. Les albums du quatuor ont toujours été conçus pour être joués tels quels en live.  Pas besoin de musiciens supplémentaires, donc. Peu d’artifices visuels non plus, à l’exception de projecteurs à LED regroupés en marguerites suspendues, pas très esthétiques, dont la configuration change au gré des titres. L’éclairage restant la plupart du temps assez minimaliste.

Dans un Zénith bondé, on aurait préféré un écran permettant de mieux voir ce qui se passe sur scène. Mais c’est plus cher. Alors on dit merci Youtube.

 

De « ! » à « ? »

Derrière Les Insus, s’affichent des points d’interrogation lumineux, symbole choisi pour les représenter.

Pour l’anecdote, avant d’opter définitivement pour Téléphone en 1976, à ses débuts, le groupe s’est brièvement appelé « ! » faute de mieux, entre autres hésitations (dont « Semolina », du nom d’une marque de semoule…). Un choix qui s’est avéré payant.

Encore qu’un groupe Américain nommé « !!! » (prononcé « check-check-check ») a eu un certain succès dans les années 2000 malgré son nom impossible.

 

La Bombe Humaine

C’est sans arrière-pensée que les paroles de « La bombe Humaine » sont reprises en choeur par le public en liesse.

Il ne viendrait à l’idée de personne à ce moment de faire un rapprochement – de très mauvais goût  – avec l’actualité récente. Les fans (un peu plus que quarantenaires pour la plupart, souvent venus en famille) sont simplement heureux d’assister à la résurrection du groupe phare de toute une génération. En toute simplicité.

 

Il faut rappeler que Téléphone est arrivé bien avant Noir Désir et la Mano Negra ! Aucun groupe de rock Français n’aura été aussi populaire avant eux. Après eux ? ça se discute.

Contrairement aux rockeurs-yéyés des années 60, bien plus sages en comparaison, déjà has-been en 76, Téléphone ne jouait que des compositions originales, mordantes, en prise avec l’air du temps  (début de la crise pétrolière, du chômage, anxiété face à l’avenir, naissance du Punk) et non des traductions approximatives de succès Américains inoffensifs.

Après une courte impro blues de Bertignac, voici « Cendrillon », autre grand passage obligé. La chanson-signature de Bertignac, qui peut se lâcher un peu sur le solo (mais pas autant que lors de ses propres concerts).

 

 

Le murmure de la ville et de ses machines molles

Dans ses paroles, Téléphone faisait souvent référence aux appareils apparus dans les années 60 et dont l’usage s’est généralisé dans la décennie suivante, comme autant de métaphores de l’aliénation par la technologie et de symboles du stress urbain.

S’ils avaient su à l’époque, que le téléphone, devenu accessoire high-tech, allait prendre une place aussi centrale dans nos vies !

 

Nos cités sont de plus en plus « électriques », et pas qu’à New York. Métro et hygiaphone font toujours partie de notre quotidien.  Mais d’autres objets symboliques de l’époque sont tombés en désuétude. Ainsi,  on pourrait craindre que la chanson « Flipper » tombe à plat en 2016.

Pourtant, ses paroles, métaphore des trois âges de la vie, sont suffisamment riches de sens pour survivre aux modes.

 

 

Je dis !…

C’est que l’écriture d’Aubert  était plus maline qu’il n’y paraît.

D’une part, il a réussi à trouver des équivalents Français aux interjections Américaines (son fameux « je dis ! »), d’autre part à jouer efficacement sur la fluidité, le rythme des mots et les allitérations avec des paroles simples et tranchantes comme un riff de guitare. Les nombreux jeux de mots restent pour la plupart pertinents car ce ne sont pas des calembours mais des variations sur le sens et le son. La même phrase répétée prenant successivement des sens différents.

En matière rock, l’immédiateté vaut tous les poèmes. L’atteindre est moins facile quon le pense.

C’est l’alliance de cette facilité trompeuse des paroles et des riffs de guitare taillés dans les racines du rock (Chuck Berry, les Stones des débuts), avec une pointe de Punk, qui font que les succès de Téléphone fonctionnent encore si bien aujourd’hui. Alors que les concurrents de l’époque, comme Starshooter, se sont effacés de la mémoire collective.

L’absence de fioritures, de synthés et de boîtes à rythmes (pas encore débarqués en masse) ont également  permis à ces chansons rock de sonner moins datées que la plupart des productions qui ont suivi dans les années 80.

La plupart des titres joués ce soir sonnent plus apaisés que les originaux. On a donc plaisir à repartir à 100 à l’heure avec « Métro, c’est trop ».

 

 

Comme une pierre qui roule

Juste après vient l’intermède acoustique, très agréable, summum de la simplicité.

Lors duquel Bertignac offre sur « Oublie ça » un solo aux accents flamenco. Comme « Fleur de ma ville »,  cette chanson évoque à mots à peine couverts des addictions dont il est dur de décrocher. Un peu gêné par l’évocation de ces titres, Bertignac s’en tire d’une pirouette (« c’est la cigarette électronique »…) à laquelle Aubert répondra d’un moqueur « Oublie ça / fume comme moi ! ».

 

 

S’en suit « Le jour s’est levé », un des rares titres de Téléphone au piano, prototype des compositions d’Aubert en solo. La petite soeur Française du « Lady Jane » des Rolling Stones. Rien d’étonnant puisque Téléphone a jadis fréquenté la bande à Jagger / Richards, s’empressant d’adapter les formules magiques de leurs idoles.

Ce soir, Aubert et Bertignac détournent la ballade pour chanter « Like A Rolling Stone » de Dylan, en guise d’hommage / clin d’oeil. La boucle est bouclée. Même si Louis, à ce moment tord le cou à la révérence en entonnant « La Bamba » comme pour moquer la banalité des accords – ou le sérieux – de la chanson d’Aubert.

A la grande satisfaction de tous, les grandes chansons du groupe (« New York avec Toi », « Un Autre Monde »…) auront toutes été jouées ce soir, parmi d’autres moins connues.

 

Stand Merchandising des Insus. Entre les T-shirts, on remarque un disque de Jo Dahan (La MAno Negra)
Stand Merchandising des Insus. On remarque un disque de Jo Dahan (La MAno Negra)

 

Rappels

Cette réunion pour l’anniversaire des 40 ans de la formation du groupe coïncide avec la sortie de l’intégrale de Téléphone remasterisée.

Il est facile d’imaginer que cette tournée tant réclamée vaudra également un gros chèque à chacun des trois membres originaux. Les trois complices paraissent heureux de partager à nouveau la même scène, sans excès, mais se lâchent un peu moins qu’en solo. Se réunissent-ils surtout pour des raisons professionnelles, ou parce que l’envie est réellement revenue ?

On peut supposer  que, derrière les sourires, la diplomatie reste de mise pour que les égos  ne débordent pas trop. Peut-être est-ce aussi pour cela qu’à aucun moment Les Insus ne jouent des titres issus de leurs carrières solo. A moins que ce ne soit qu’une histoire de contrats et de maisons de disques.

Peu importe, le répertoire de Téléphone, gros comme un bottin, suffit à remplir la soirée.

 

 

Au coeur de la nuit

Le concert aura duré plus de deux heures et demie.

Presque trois, en fait (rappels inclus dans le forfait). Final en beauté sur « ça, c’est vraiment toi » aux longs solos  citant « Land of a Thousand Dances ». Et c’est « Tu vas me manquer », en dernier rappel, qui mettra sans ironie semble-t-il, le point final à nos interrogations et exclamations.

Le public, très sage, est ravi. Chacun rentrera heureux d’avoir assisté à la quasi-reformation, historique -et inespérée- d’un des groupes les plus cultes du rock Français, resté longtemps en veille sans perdre son énergie.

 

Quelques infos de plus :

  • Corine a sorti son album solo en 2002, « Corine » produit par Bertignac. Elle raconte son vécu en tant que membre -souvent ignoré- de Téléphone dans sa biographie « Le fil du Temps ».
  • En 1992, elle a participé à la bande-son du spectacle de Royal de Luxe, « La véritable Histoire de France ».
  • L’intégrale de Téléphone vient d’être rééditée en CD et en vinyle dans un coffret « Au coeur de Téléphone » contenant les albums, du live, des répétitions, boeufs et inédits. La version best-of en 3CD contient également deux inédits.

 

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Site officiel de Téléphone : http://telephone-legroupe.com/

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Auteur : Kreposuc

Nantais depuis de nombreuses années, je connais bien ma ville et j'apprécie tout particulièrement sa vie culturelle foisonnante. Curieux, j'aime découvrir de nouvelles choses chaque jour, et, comme je suis assez bavard, j'en profite pour les partager ! Plutôt que de continuer à bombarder mes amis d'articles sur Facebook, je me suis donc dit qu'il serait plus intéressant de créer un blog. Qui sait, il pourrait même être lu et intéresser des gens !

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