SPECTACLE – L’interview Punk d’Alan Sapritch

épingle à nourrice,
L’épingle à nourrice, symbole punk.

VIDÉO ET ARTICLE – Kreptonite a assisté au concert-conférence punk D’Alan Sapritch le 26 Mars 2017 au Stéréolux dans le cadre du festival « Fils de Punk ». Un moment bien fun et quelque peu étrange. Voir des parents initier leurs marmots à la punk attitude rebelle et antisociale était aussi amusant qu’ inhabituel .

Pris par l’ambiance, nous avons enchaîné sur une interview vidéo impromptue, dans la joie et la bonne humeur !

Après Allan Touchais (du célèbre blog « L’Inconnu du Tramway »), Alan Sapritch est donc le deuxième « Alan » à la barbe florissante que nous interviewons. Tout aussi barbu d’ailleurs que Nicolas, moitié du duo NAART , que nous avions également interviewé « à l’arrache » en Mars dernier, il y a pile un an, lors de l’un de leurs premiers passages à Nantes. Mais je digresse.

 

 Tout au smartphone, pas de pied, pas de micro, la spontanéité plutôt que des poses figées : c’est aussi ça l’esprit Punk ! Évidemment, la qualité de l’image et du son s’en ressentent un peu.

Show bouillant.

Comme Christophe Brault qui officie à l’occasion sur les scènes rock Nantaises, Alan Sapritch – De son vrai nom Alan Lemesle – est au moins autant « comédien »que « conférencier érudit ».

C’est qu’il s’agit de rendre le discours amusant, énergique, tout en allant assez vite pour pouvoir incorporer le plus d’exemples possibles. Bien entendu, ce n’est pas un hasard si ces valeurs (énergie, vitesse, enthousiasme communicatif) sont aussi celles du genre musical représenté, le plus souvent, le Rock, et plus précisément, le Punk dans le cas présent.

Régulièrement, Alan sort sa guitare et exécute un de ses titres favoris pour illustrer le propos en direct live, accompagné de « Roland », son batteur favori (comprendre : sa boîte à rythme). C’est d’ailleurs sous le double adjectif de « Comédien, Musicien » qu’Alan se présente sur son site personnel.

Il est notamment connu pour ses spectacles d’éducation musicale ludique, nommées « T’as vu c’que t’écoutes ? » (un concept proche de celui rodé naguère par Thomas VDB) et donne des conférences à la demande, comme celle-ci, « Go Punk Yourself ! » commandée pour le festival « Fils de Punk » au Stéréolux.

Une création fraîche comme une bière pression donc, qu’Alan Sapritch a hâte de rejouer dès que l’occasion lui en sera proposée (avis aux programmateurs).

Les Ramones ? Les Clash en plus pop et sans discours politique.

Rosbif ou beefsteak ?

Peu importe, tant que c’est bien saignant.

Ce qu’Alan explique d’ailleurs en préambule de sa conférence, c’est que le Punk, qu’on associe invariablement à un mouvement typiquement Britannique, mené par les Sex Pistols et les Clash aux alentours de 1977, a en fait ses racines aux États-Unis.

La patrie du Rock n’Roll ayant donné naissance dix ans plus tôt à des groupes mythiques et incompris en leur temps, comme le Velvet underground, ancêtre bruitiste mais « arty », les Stooges d’Iggy Pop, pour l’autodestruction et l’excès de tout, et les Ramones, pour la pop qui… Fait du bien par où elle passe.

Les racines Punk personnelles d’Alan viennent plutôt de la seconde voire troisième génération du Punk Américain des années 90-2000, dans un style qui va du « Hardcore » pour les épileptiques surexcités, au « Punk Californien » pour les tendances plus pop-rock et fun, particulièrement prisées des amateurs de skateboard.

La causerie, menée sur le ton du second degré  (citation type : « Je prends une bière,hein, prenez-en aussi, de toutes façons, on s’en fout, c’est une conférence punk ») évoquait donc plus volontiers les Américains dissipés de NOFX, Bad Religion, Black Flag et de leurs contemporains, pour situer.

(Rappelons au passage que le « punk à chien » n’est toujours PAS un genre musical).

I wanna be your dog. Ou pas.

Hardcore accord.

Le « Hardcore », rejeton extrémiste et pourtant technique du punk-rock, a pour particularité de jouer le plus vite et le plus fort possible, pour un maximum de bruit dans un minimum de temps.

La durée des titres « hardcore » les plus représentatifs s’étale souvent entre 30 secondes et une minute trente, pour les plus bavards. Autant dire que ça va vite !

Les titres les plus extrêmes mettent à mal le concept même de chanson, c’est à dire la traditionnelle alternance couplet / refrain, une progression d’accords et un minimum de mélodie. Dans le hardcore, quand ces éléments de base sont présents, il est parfois difficile de les reconnaître tant ils se font tabasser et passer à la moulinette.

Le résultat est, disons… Particulier. Clairement pas fait pour plaire à tout le monde. Plutôt pour « choquer le bourgeois » – selon la formule consacrée – et rendre sourds les voisins.

Le Hardcore met un point d’honneur à être mal-aimable. C’est sa caution « underground ».

Ceci est un contre-exemple mélodique tout choupinou. Parce que.

Blitzkrieg Pop

Sur son premier album, NOFX aligne les breaks de batterie n’importe où, n’importe quand et plusieurs fois de suite, comme pour casser toute vélléité de formatage Pop. Les structures des chansons partent dans tous les sens, avec une touche d’humour gras, on dirait du Zappa dans l’esprit, sans la virtuosité. La complication n’est-elle pas pourtant le contraire du Punk des origines ?

De plus, on y entend un gros son de guitare saturée bien juteux et un hédonisme tous droit hérités du Hard-Rock, loin des guitares étriquée des ancêtres New-Yorkais et de l’esprit torturé de la New-Wave.

Par la suite, ils joueront mieux et plus simple, retrouvant, comme leurs modèles de Bad Religion, le goût du riff-hyper-basique-mais-entraînant, influençant d’innombrables groupes des années 90 à maintenant.

Du pop-rock accéléré, en quelque sorte. Mais à l’esprit rebelle.

D’ailleurs, ironiquement, bien que très étrangement structuré, « Generator »  de Bad Religion, cité en référence par Alan Sapritch dans sa conférence, s’appuie sur un refrain héroïque et fédérateur qui rappelle vaguement le très commercial « The Final Countdown » du groupe de Hard-Rock FM Europe. Soit tout ce que les Punks d’origine étaient censés détester.

Les temps changent et les guéguerres de clocher n’ont plus lieu : chaque année, Europe comme NOFX rassemblent le public du HellFest.

Alors que les « vrais » punks ont un message politique anarchiste et anti-système,  de nos jours le « son Punk-Rock » n’est souvent perçu que comme du Pop-Rock ordinaire, inoffensif et parfaitement assimilé.

Quand ce n’est pas juste de la grosse déconnade.

American Idiots ?

Pourtant, l’influence de ces groupes Américains des années 90 est aussi indéniable que celle des premiers punks Anglais.

Les trublions de NOFX et les plus tendus Bad Religion comptent ainsi parmi leurs fils spirituels (ou cousins) les célèbres Green Day (d’« American Jesus » à « American Idiot », il n’y a pas bien loin).

Mais aussi d’autres groupes oubliés, plutôt pop : The Offspring, Presidents Of The U.S.A (mais si, souvenez vous : « She’s lump, she’s lump, she’s in my head… »). Il est aussi fort possible que Bad Religion ait aussi influencé nos Noir Désir nationaux, à l’époque.

Dans les années 90, « Nevermind » de Nirvana faisait directement écho au premier album fondateur des Sex Pistols, « Nevermind The Bollocks ». Sous l’influence de MTV et des médias de masse, le mot « grunge », et la mode vestimentaire qui va avec – au grand dam de Kurt Cobain – étaient alors vite devenus synonymes de « grand retour du punk »… Sous un nouveau nom, avec une récupération commerciale immédiate.

C’est « Lump », pas « Trump » !

Rapidement, le gros son saturé mais commercialement présentable du Grunge et du Punk Américain moderne est redevenu omniprésent. Des groupes comme Blink-182 ont atteint un succès inespéré, alors que les puristes du Punk crient à la trahison. Quoi, du punk pour ados qui passe sur MTV et les FM !

Dans le pop-rock commercial, les riffs « façon punk » entourent des paroles bubblegum sans la moindre portée politique ni quoi que ce soit de choquant. Il n’est plus nécessaire d’être un vrai rebelle ni d’appeler à l’insurrection pour s’en approprier les codes.  Et ça passe sans problème auprès du grand public.

Même Avril Lavigne a des riffs de guitare saturée dans ses chansons. Comme tout le monde ou presque. Même Didier Super.

Quoi de plus punk qu’une chanson Punk pour se moquer des (faux) Punks ?

Punk Not Dead

Le style punk – rock , si facile à copier, n’appartient plus à l’underground depuis longtemps.

Heureusement, il reste quelques groupes fidèles aux valeurs d’intégrité de leurs ainés les plus radicaux, déterminés à changer la société, à faire éclater leur colère envers les pouvoirs  en place.

Et à boire beaucoup de bière en se faisant des piercings n’importe où, aussi.

Quand la musique issue de l’underground rebelle donne des grands succès populaires, c’est qu‘elle ne choque plus personne. Elle est rentrée dans les moeurs. Pour le pire, souvent. Comme le meilleur, parfois.

Avec des paroles poétiques abstraites et des mélodies c’est pas plus mal en fait.

« Tu seras Punk, mon fils »

« Et si le Punk, finalement, n’était que l’électricité qui court dans le rock et le maintient éternellement jeune, quel que soit le style? »

C’est ce qu’on s’est dit en voyant les quadras, ex-ados rebelles adeptes du « No Future », encourager leurs bambins à shooter de bon coeur dans les canettes de bière. Avec ce mélange de fierté et de soulagement qu’ont tous les « anciens » à voir leurs valeurs transmises aux jeunes générations. Petits et grands, surexcités, galvanisés par les accords de la guitare d’Alan, hilare.

Alors, oui, c’est vrai : on a bien rigolé. Merci Alan Sapritch !

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Liens :
Site officiel : http://www.alansapritch.fr
Alan Sapritch est aussi Youtubeur ! : https://www.youtube.com/user/Sapritch/videos

Auteur : Kreposuc

Nantais depuis de nombreuses années, je connais bien ma ville et j'apprécie tout particulièrement sa vie culturelle foisonnante. Curieux, j'aime découvrir de nouvelles choses chaque jour, et, comme je suis assez bavard, j'en profite pour les partager ! Plutôt que de continuer à bombarder mes amis d'articles sur Facebook, je me suis donc dit qu'il serait plus intéressant de créer un blog. Qui sait, il pourrait même être lu et intéresser des gens !

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