ARTS – Découvrir le Slam

le slam mode d'emploi
Le Slam mode d’emploi.

DOSSIER – Aujourd’hui (Samedi 20 février 2016) a lieu le festival « Slamenco » au TNT, quai Baco à Nantes. Cet évènement dédié au Slam permet de découvrir des compétiteurs aux styles très différents et de prendre part à des ateliers.

Mais c’est quoi déjà, le Slam ?

Qu’est-ce que le Slam ?

 

Des textes au style libre, déclamés sur scène, d’une durée de moins de trois minutes, sans musique.

Le Slam est une forme d’expression liée à la poésie et touche à tous les sujets sans être nécessairement lié à la culture urbaine et autres clichés du Hip-Hop. Il offre ainsi la possibilité de s’exprimer de manière totalement libre, dans des tons de voix et styles différents, sans obligation de suivre un rythme fixe ou de s’exprimer en rimes.

 

Un des principes de base du Slam, hérité de l’influence hip-hop, est la notion de compétition. Pourtant,  contrairement à beaucoup de « battle » (bataille) de Rap, telles qu’on peut en voir dans le film « Eight Mile » avec Eminem, dans le Slam, il ne s’agit jamais de diminuer un adversaire en l’insultant.

 

Le slam est jugé sur des critères de valeur artistique. Au-delà du chronométrage, la seule réelle contrainte est en effet que le résultat soit intéressant au niveau du style (surtout), des idées du texte, et de la prestation théâtrale.

Le dénigrement gratuit et les discours ennuyeux sont donc bannis. Le Slam se doit d’être original, percutant et accrocheur.

 

Slam
Comme on peut le voir sur cette image.

Le slameur (ou la slameuse, puisque le milieu du Slam est un peu plus féminisé que ceux du Rock ou du Rap) s’exprime généralement seul(e) en scène, face au public, sans fond sonore, mise en scène ou accessoire. L’authenticité est de mise.

Les soirées slam se passent en toute convivialité, et les textes, souvent d’un bon niveau, sont appréciés dans le respect mutuel.

 

Qui sont les slameurs ?

 

Le seul slameur Français connu du grand public, cité à tous les coups, c’est évidemment Grand Corps Malade qui a débuté sa carrière en remportant plusieurs compétitions de Slam, ce qui prouve qu’il n’est pas nécessaire de s’énerver ou d’être physiquement expressif pour réussir dans le genre.

 

L’avantage quand on parle de lui, c’est que c’est sans doute le seul slameur dont le nom évoque quelque chose à la proverbiale Madame Michu. Pourtant, ses albums, mis en musique, ne sont déjà plus du Slam (lui préfère le terme « Spoken Word », des textes parlés quoi).

 

De plus, sa prose un peu dépressive, débitée d’un ton monocorde de Droopy sous Prozac n’est  pas du tout représentative de la diversité et de l’énergie des slameurs que l’on peut voir sur scène !

 

Droopy
Grand Corps Mala… Heu non, Droopy.

Loin des clichés, les slameur-euses ne sont pas que des jeunes et ne parlent pas que de la vie en milieu urbain. On peut voir monter sur scène des personnes de tous âges et de toutes origines. Les sujets d’inspiration et les manières de s’exprimer peuvent être très différents, bien au-delà du texte rimé/scandé.

 

Quand certains vont parler sur le ton de la conversation, d’autres aiment « surjouer » pour amplifier leurs effets. On peut raconter une histoire ou balancer des impressions fugaces. Les plus créatifs chercheront à jouer sur les mots, les sonorités et les associations d’idées.

Bref, dans le Slam, tout est possible. Il serait donc dommage de s’arrêter aux idées préconçues.

 

Que veut dire le mot « Slam » ?

 

En Anglais, il s’agit d’abord du son produit par le choc de quelque chose qu’on projette avec force.

Il peut s’agir d’une grosse gifle (slam) ou d’une projection violente (to slam the door, claquer la porte). Au catch, on parle de « body slam » quand un adversaire en soulève un autre pour le jeter au sol par-dessus son épaule.

Par extension ici, « Slam » désigne le poids des mots, la force des phrases-choc.

 

« Slamer » signifie « dire un slam ». Mais « slammer », c’est « se jeter dans le public pour se faire porter », généralement dans un concert de Hard-Rock ou de Métal. A voir selon le contexte, donc.

 

Le mot est aussi synonyme de « tournoi » ou « compétition ». l’expression « Grand Slam » en Anglais se dit « Grand Chelem » en Français. Ce terme utilisé dans les jeux de cartes et dans les sports, est utilisé pour désigner un ensemble de victoires lors d’une série de compétitions de haut niveau. La totale, quoi.

 

body-slam
« Et BIM dans ta face ! Ma victoire est totale ! »

D’où ça vient ?

 

L’idée du Slam vient des U.S.A.

Comme la plupart des concepts fun et novateurs qui conquièrent la planète, c’est une invention Américaine. Wikipédia nous apprend qu’en Europe, le mouvement slam s’est développé d’abord en Allemagne et en Autriche à partir de 1993 à l’initiative d’un Autrichien de retour de San Francisco.

En France, on estime qu’il a débuté à partir de 1995 à Paris auprès d’un public restreint, puis s’est élargi à partir de 1998 à d’autres villes et publics pour être reconnu en tant que mode d’expression à part entière.

 

Organisé en 2004, le premier « Grand Slam National » Français a eu lieu, devinez où…?

…à Nantes !  Ce fut pour la première fois l’occasion pour les ptit’s lulus de découvrir des slameurs venus de toute la France exprès pour l’évènement. Petit « cocorico » Nantais donc !

 

Le concept.

 

L’Américain Marc Kelly Smith est considéré comme l’inventeur des tournois de Slam,qu’il a lancés dans les années 80.

1984, pour être précis. La formule répondait à son désir de dynamiser les soirées Poésie de Chicago en leur donnant du rythme et un enjeu ludique. Le Slam a donc depuis le début l’ambition de concilier les ambitions poétiques et la tchatche qui claque.

 

On peut aussi y voir l’influence des poètes « Beat », précurseurs des Hippies dans les années 50-60. Allen Ginsberg en particulier organisait des lectures de poésie libre comparable à du Slam (mais sans compétition ni limite de temps) dans les années 60. Déjà, l’accent était mis sur le rythme de la diction et la spontanéité du texte.

 

Ce fonctionnement lui a permis d’attirer un public différent, plus jeune, rebuté par l’image poussiéreuse et précieuse de la Poésie, mais attiré par l’énergie nouvelle du Hip-Hop alors naissant.

A l’inverse, on peut être attiré par les beaux textes et l’expression personnelle mais penser que le rap est parfois pénible dans ses clichés. La prétention, par exemple.

 

Pas (ou peu) d’égo-trip.

 

Dans le Rap, « l’égo-trip » (ou « délire hallucinatoire mythomaniaque obsessionnel à tendance nombriliste ») est un exercice de style bien connu, qui consiste à parler de soi pour se faire mousser, généralement en enfonçant les autres.

C’est depuis trop longtemps la figure imposée la plus pénible de tous les rappeurs qui n’ont rien à dire. Et même des meilleurs, quand l’inspiration peine à venir.

 

nombril
Au centre : la source d’inspiration de tout égo-trip digne de ce nom.

Car on ne va pas se mentir, en 2016, entendre un énième inconnu ânonner sans imagination que « ses mots sont des balles » et qu’il « kill tous les MC » parce que « son gun est son stylo », tout le monde s’en tape.

 

Si en plus ledit inconnu essaie de nous baratiner qu’il « déchire le mike » tellement mieux que les autres parce qu’à l’intérieur, en vrai, c’est un super-héros comme dans les films, c’est carton rouge direct.

 

Le plus souvent, ça donne des textes aussi prétentieux qu’insignifiants (coucou Maître Gim’s) et des clips pleins d’effets spéciaux plagiant les mangas ou le dernier blockbuster d’Hollywood pour cacher la vacuité totale du propos. Le pire, c’est que ça suffit pour faire le buzz sur Internet.

 

image du clip Ils sont cool
Gringe et Orelsan (Casseurs Flowters) en Chevaliers du Zodiaque dans leur clip « Ils sont cool ».

 

« So What ? » : éloge de l’humilité.

 

Qu’en est-il donc dans le Slam ?

D’abord, personne ne fait du Slam pour devenir une star ou même gagner de l’argent. En règle générale, les slameurs ne font pas de clips et ne sortent pas d’album. Leur but est d’exprimer leur ressenti et non de faire parler d’eux en-dehors des scènes. Pas besoin de com’, de sponsor ou de fringues de marque.

 

Sur scène, l’ego-trip fait bien partie de la panoplie du Slam comme de celle du Hip-Hop. Pourtant, c’est heureusement très loin d’être le sujet le plus prisé ou le plus répandu. Bien au contraire, une fois les marches descendues, l’humilité est la règle chez les slameurs. La frime et les tweets hostiles ne sont pas de mise, ça fait mauvais genre.

 

L’éthique du Slam impose en effet de juger les participants sur la qualité des textes et de l’interprétation, et non sur la base de leur renommée.

 

Un exemple ? Marc Smith, justement.  

 

Marc Smith en 1993, dans son club favori.

 

Porté par le succès de son concept, Marc Smith devint vite LA référence suprême du Slam.

Au point que sa renommée l’a vite dépassé. Comme le public l’acclamait comme une star à chacune de ses entrées en scène, avant même de le laisser slamer, il prit l’habitude de répondre d’un laconique « So what ? » (« et alors, quoi ? »). Manière de rappeler humblement qu’il n’est qu’un slameur parmi d’autres, et que c’est le slam en lui-même qui compte.

 

« So what ? » – Trente ans plus tard, sur toutes les scènes Slam du monde, c’est toujours ce que le public répond à chaque fois que son nom est évoqué sur scène.

 

Et qu’on ne s’y trompe pas, c’est bel et bien un hommage des plus respectueux.

 

nabila-non-mais-allo-quoi
…Alors que tout le monde a déjà oublié Nabila.

 

En résumé :

  • Respect, créativité et diversité sont les maîtres-mots du Slam.
  • Il n’a ni l’agressivité du Rap ni la préciosité de certains « poètes » aux pieds ampoulés.
  • Il porte en lui l’esprit de compétition et le jugement du public.
  • Les votes servent à stimuler et visent à récompenser l’effort artistique.

 

Que pensez-vous du Slam ?

Quels sont vos meilleures adresses pour en voir ou en faire à Nantes ?

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Liens :
Les F.A.Q. du Site de la Fédération Française de Slam Poésie expliquent avec humour les règles du Slam :
http://www.ffdsp.com/questions.htm
Un dossier fait par un prof, sur le Slam et ses vertus pédagogiques, avec des liens très intéressants : Le Slam au Cycle 3
Historique et règles du jeu : La page Wikipédia sur le Slam
Site de la Ligue de Slam de France : http://www.ligueslamdefrance.fr/

 

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Auteur : Kreposuc

Nantais depuis de nombreuses années, je connais bien ma ville et j'apprécie tout particulièrement sa vie culturelle foisonnante. Curieux, j'aime découvrir de nouvelles choses chaque jour, et, comme je suis assez bavard, j'en profite pour les partager ! Plutôt que de continuer à bombarder mes amis d'articles sur Facebook, je me suis donc dit qu'il serait plus intéressant de créer un blog. Qui sait, il pourrait même être lu et intéresser des gens !

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